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Origine de l’œuvre

Tirée d’un fait divers, elle tend un rapport de désir entre deux hommes dont l’issue anthropophagique n’en occulte pas moins l’expérience sensorielle et réelle de leurs fantasmes.

Armin cherche sur Internet un homme qui désirerait lui servir de nourriture. Il rencontre un certain Castor qui accepterait volontiers « se faire manger ». Les deux hommes entament une relation sur « la toile » et finissent par se rencontrer physiquement pour réaliser l’acte ultime.

L’amour apparent des deux personnages trouve sa métaphore dans l’acte radical et fusionnel de l’ingestion, bousculant et interrogeant ainsi les rapports de désir et de consommation de notre époque.

Argument:

« La transformation de tabou en totem. » Tel est la visée d’ Oswald de Andrade dans son Manifeste Anthropophagique de1928.

Dans  » Le di@ble en bouche » Armin cherche, par le moyen d’Internet, un homme qui désirerait lui servir de nourriture. Il y rencontre un certain Castor qui accepterait volontiers de « se faire manger ». Les deux hommes entament une relation sur « la toile » et finissent par se rencontrer physiquement pour réaliser l’acte ultime.

L’amour apparent des deux personnages trouve sa métaphore dans l’acte radical et fusionnel de l’ingestion, bousculant et interrogeant ainsi les rapports de désir et de consommation liés à notre époque.

Notre état contemporain d’individu consommateur, appartenant à une foule indifférenciée d’individus consommateurs, soumis aux mêmes injonctions ou aux mêmes manipulations de la part notamment des médias de masse, voit ainsi le sens de notre singularité se tarir. Se produit en conséquence : un sentiment irrépressible de honte, de diabolique dégoût de soi, d’où ne peut que surgir du pire. Le pire étant l’annihilation des autres et de soi même, paradoxalement : à la seule fin d’exister.

Extrait

FRANKY63.Tapez votre message – cherche homme quarante ans max pour bouffe ultime – contact : Franky63.

Vous avez – dix-sept réponses. 

Réponse de – Castor36 – homme trente-trois ans : « As-tu photo ? »

Réponse de – La Grande Louche – restauration traiteur à domicile : « banquets mariages-anniversaires prix avantageux. »

Réponse de – Max71 – homme quarante-sept ans : « Ma chair est encore tendre »

Mercredi – 18h 05 – vous avez message reçu de Castor36 : « Mangé ou être ? »

CASTOR 36.Mercredi – 18h07 – message reçu de Franky63 : « Je suis plutôt gourmand. »

FRANKY 63.Mercredi – 18h08 – Castor36 : « Tu as déjà fait ça ? »
Réponse : « jamais c’est la première fois… »
CASTOR 36. – Idem

FRANKY 63. – Deux points d’interrogations

CASTOR 36. – Jamais encore été mangé – point virgule parenthèse fermée

Note d’intentions de mise en scène

 Manger pour être
L’esthétique dominante du 20eme siècle est bâtie de telle sorte qu’elle fonctionnalise la dimension affective de l’individu pour en faire un consommateur.

Si on considère que le média est le vecteur d’un certain consumérisme, il en devient un possible symbole. Notre état contemporain d’individu consommateur, appartenant à une foule indifférenciée soumise aux mêmes injonctions ou aux mêmes manipulations de la part notamment des médias de masse, voit ainsi le sens de notre singularité se tarir. Se produit en conséquence : un sentiment irrépressible de honte, de diabolique dégoût de soi, d’où ne peut que surgir du pire. Le pire étant l’annihilation des autres et de soi même, paradoxalement : à la seule fin d’exister. On se souviendra de Richard Durn qui assassina les membres de son conseil d’administration avant de se donner la mort, du massacre de Colombine aux Etats-Unis, de nombreux faits divers comme autant d’exemples symboliques de la perte identitaire d’une société troupeau.

Dans Le di@ble en bouche, cette perte s’exprime à travers les désirs amoureux des deux personnages et par la technologie du fantasme que représente Internet. La fable aborde cependant un mal plus grand et qui nous concerne : il s’agit de la véritable tragédie que constitue la perte de notre singularité. On pourrait ainsi parler de tragédie intime.

Un laboratoire de langue et de geste

Outre le travail d’acteur, dans la première étape, ont été expérimenté un travail de sonorisation et de projection.
Cette recréation s’ouvre à d’autres disciplines : sculpture, musique, performance.
Parallèlement, ce texte est le support d’un court-métrage d’animation réalisé par Frank Ternier avec les voix  de Guillaume Clausse et de Jean-Quentin Châtelain.

Le dispositif

La scénographie inclut le spectateur dans sa proposition. Un cercle de 50 tabourets l’invite à une grande proximité dans cet espace ainsi formé. Les acteurs, installés au centre, sont juchés sur deux tabourets hauts, dos à dos, chacun face à un pupitre. Leurs font face (en dehors du cercle) deux panneaux en inox qui les reflètent. Quatre enceintes à un mètre des spectateurs les plus reculés spatialisent les deux espaces virtuels de chacun des acteurs  qui sont amplifiés grâce à des micros HF.

Cinq seaux installés aux pieds des pupitres permettent la performance du troisième temps de la pièce

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La dernière partie du Diable en Bouche est l’aventure intérieure de celui qui a été mangé (Castor) dans celui qui l’a mangé (Armin). Comme dans un retour fulgurant à travers la violence du 20eme siècle, l’acteur qui joue le personnage de Castor se vêt alors d’un masque tribal de terre, qu’il se constitue à vue, et retrouve les psalmodies de sa propre histoire mêlée au cri de ses ancêtres. La terre se nourrit du sang des victimes – de celui d’Himmler comme de celui d’Ophélie sans distinction d’étique ou d’appétit.  Des relents d’Artaud, de Céline, de Pesoa et de Bataille atterrissent dans la langue de ce texte construit en direction du cri absolu de l’abandon.

LE DIABLE EN BOUCHE

Inspirée du travail d’Olivier de Sagazan que Clariss Garnier admire, l’accompagnement de cette dernière a permis à Guillaume Clausse de débuter un travail de performance en dialogue avec le travail sonore de José Amerveil et les coups d’archer que Thomas Cérisola donne sur sa guitare.

Ecriture/mise en scène : Charles-Eric Petit
Son : Josef Amerveil
Lumière : Yann Loric  & Emilie Chomel
Jeu : Thomas Cérisola et Guillaume Clausse
Sculpture : Claris Garnier
Durée estimée : 50 mn
Spectacle bilingue (français et anglais)

Coproduction Compagnie L’Individu, Le théâtre Monsabré à Blois, La ville de Marseille, Le Conseil Général des Bouches du Rhône, Le Conseil Régional Provence Alpes Côtes d’Azur et la Direction Régionale des Affaires Culturelles PACA.
 En partenariat avec Théâtre des Bernardines, Théâtre des Bancs Publics, Théâtre des Argonautes à Marseille, La Tannerie à Barjols, Le JTN, Naxos Bobines Les Ateliers Berthier et l’Atelier de Claris Garnier à Paris

Vous pouvez découvrir et lire l’intégralité de ce texte en cliquant sur l’onglet « en écriture ».