LE SONGE

D’après Willliam Shakespeare

Adaptation, écriture, mise en scène Charles-Eric Petit 
// Cie L’Individu

Plus encore que l’amour, Le Songe d’une nuit d’été célèbre le théâtre et son extraordinaire faculté à libérer nos imaginaires. Du moins est-ce l’avis de Charles-Éric Petit. Et c’est parce qu’il aime profondément cette œuvre de Shakespeare qu’il parvient à la bousculer sans la trahir.

De la pièce la plus extravagante du grand William, il tire un drolatique manifeste pour un spectacle résolument vivant. Une réécriture plus qu’une adaptation, qui transpose l’action au sein d’une fantastique forêt de sens : le plateau d’un théâtre, sur lequel règne en maître des illusions, Obéron, le souverain des elfes.
Usant doublement de la mise en abyme, de l’idée de « théâtre dans le théâtre » chère à Shakespeare, les acteurs tiennent ici leur propre rôle et celui des personnages qu’ils sont censés incarner. Un jeu de poupées russes qui multiplie, joyeusement, les points de vue sur cette histoire d’individus dont le cœur refuse de céder à la raison. On s’amuse franchement de ces glissements entre texte d’origine et bribes d’autofiction qui permettent de l’entendre dans toute sa contemporanéité. Tout Shakespeare est là : la tragédie et la comédie, la farce et la parodie, désacralisées, passées au filtre d’une fantaisie effrénée.

« Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves », écrivait Shakespeare. Charles-Éric Petit le prend au pied de la lettre. Lui qui rêve d’un théâtre à l’écoute du vivant, comme « un cristal qui refuserait de se cristalliser », trouve dans Le Songe l’accord parfait de sa pensée.

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